Effets de l’Inflation sur les Coûts des Matières Premières.

L’inflation des prix commence par les matières premières agricoles dès l’été 2020… Blé, soja, maïs, certaines viandes… On tente alors plusieurs explications :

– Une sècheresse se traduisant par des rendements exceptionnellement bas.
– Un sur-stockage de certains pays en pleine pandémie.
– Une demande protéique accrue pendant le confinement.
– Des taxes et quotas d’importations qui se cumulent pour faire grimper les prix. 

Cette hausse des prix des denrées agricoles depuis 12 mois consécutifs se répercute sur toute la filière de transformation mondiale. Comme l’explique la théorie économique, les déséquilibres entre offres et demandes réelles créent de l’inflation, et peuvent se transmettre, comme un virus à d’autres denrées !

Flambée des Prix Agricoles et Répercussions.

Cela se poursuit par les prix du fret maritime qui explosent littéralement alors que le commerce reprend des couleurs post crise sanitaire. La hausse des prix du fret est historique. Le coût d’expédition d’un container entre Shanghai et Rotterdam a été multiplié par 10 depuis août dernier ! « Redressement inattendu de la demande d’un côté, pénurie de navires et de conteneurs, engorgement de la logistique portuaire et terrestre de l’autre, tels sont les ingrédients ayant conduit à l’envolée des prix du fret »[1].

Répercussions de l’Inflation sur les Secteurs Clés.

Augmentation des Coûts des Matériaux : Bois, Acier, et Plus

Les matériaux au sens large emboitent le pas : bois, acier, verre, aluminium… 50 à 80 % d’augmentation des prix pour le bois en huit mois, de 35 à 80 % pour l’acier depuis novembre 2020… A la différence des précédents épisodes de tensions sur les prix des matières premières (notamment 2008-2011), les industriels semblent aujourd’hui en capacité de répercuter ces hausses de prix, et donc de maintenir leurs marges.

Crise des Semi-Conducteurs et Digitalisation.

Du côté des semi-conducteurs, plusieurs effets se cumulent, justifiant la hausse de prix et l’allongement préoccupant des délais de livraisons. La crise sanitaire s’est accompagnée d’un recours massif au télétravail. Ainsi, la suspension des activités extérieures au foyer s’est traduite par une demande croissance d’ordinateurs portables, téléphones mobiles, téléviseurs, consoles de jeux…

Les confinements successifs de plusieurs pays producteurs ont mis à l’arrêt la production de nombreuses usines, désorganisant profondément la production mondiale.  La reprise progressive des unités de production ne suffit pas à satisfaire la demande expansionniste. Plus fondamentalement, la digitalisation accélérée des industries accentuée par la crise Covid (automobile, aéronautique, restauration, services…) s’accompagne d’une tension sur les prix des composants électroniques, qui ne faiblit pas.

Stratégies contre l’Inflation Importée et Plans Économiques.

Le récent plan européen pour réduire la dépendance du vieux continent à l’égard de la Chine et des États-Unis dans six domaines clés souligne l’urgence de la situation. Les domaines concernés par ce plan de relance sont notamment : la santé, les semi-conducteurs ainsi que les matières premières. La crainte de l’inflation importée chère à Bodin reprend des couleurs et s’invite au menu de la discussion des dirigeants de la Banque Centrale Européenne. Un des objectif de cette institution est de maintenir un niveau d’inflation raisonnable à 2% … Non atteint depuis août 2012 !

Plan Européen pour l’Indépendance dans les Secteurs Clés.

Dans ce contexte, les préoccupations des économistes quant au retour de l’inflation s’accentuent. L’inflation fait la une des journaux, et alimente les débats entre experts dans tous les pays ! Certains prédisent un « changement de paradigme et une demande de la société pour un retour à l’inflation », à l’instar de Pascal Blanqué, directeur des gestions d’Amundi. A l’inverse, d’autres tel Gilles le Moëc chez Axa IM, avancent que l’inflation reste sous contrôle notamment des banques centrales et que l’inquiétude n’est pas de mise !

Effet des Politiques Économiques sur l’Inflation.

On peut toutefois s’interroger sur les déterminants structurels qui peuvent durablement alimenter l’inflation. Certaines situations concurrentielles quasi-monopolistiques s’accompagnent d’un déséquilibre de marché affectant directement les prix. Les GAFAM sont régulièrement cités comme source de déséquilibre profonds des prix de certains actifs. Leurs masses de liquidités disponibles leur permettent de payer des prix stratosphériques pour des actifs rares.

Certains secteurs sont plus touchés que d’autres comme le secteur des technologies où ils souhaitent se faire une place. A l’inverse, leur capitalisation boursière et leurs capacités financières exceptionnelles leur confèrent la possibilité de créer des conditions de marché « anormales ». Les GAFAM peuvent ainsi proposer des prix cassés pour certains services (comme les frais de livraison Amazon) avec lesquels leurs concurrents ne peuvent rivaliser ! L’accentuation des déséquilibres n’est donc pas près de cesser…

Dans le domaine des fusions-acquisitions, l’inflation des prix perdure elle aussi. Le déséquilibre structurel entre offre et demande continue de tirer les indices à la hausse. Avec pour toile de fonds une abondance de liquidités et des conditions de financement à taux bas. Avis à bon entendeur, la manne est toujours là !Si l’inflation revient au cœur du débat économique, elle va vite s’inviter dans les débats politiques !

Conséquences de l’Inflation sur les Marchés et la Politique.

Il semble qu’aucun n’actif n’échappe vraiment à la flambée, tirée par les marchés américains et chinois.  Les hausses de la demande domestique sont amplement soutenues par les politiques économiques initiées dans le monde depuis la crise sanitaire.

Le généreux plan Biden, assorti d’aides aux ménages (2000 dollars par personne pour 85% des américains) fait chauffer les cartes bleues et l’inflation gagne 5% en un mois ! Faute de voitures neuves à la vente, les voiture d’occasion reprennent de leur superbe et leurs prix enflent de près de 30% en un an…

Partout dans le monde, les plans de soutien se sont traduits par une création monétaire mondiale cherchant à s’employer. De même que l’eau s’infiltre partout en cas d’inondation, l’abondance de liquidités fait gonfler le prix des actifs. L’immobilier en profite notamment hors des villes d’où il fait bon s’exiler, les terres rares ou pas sont l’objet de toutes les convoitises… Quant aux planètes lointaines, elles seront bientôt à portée de fusées… et donc possibles cibles de conquêtes et de spéculation.

Vertige de l’incendie ?

Si l’on a peu de chance de voir apparaitre les brouettes d’Euro, Dollar ou Bitcoin pour payer sa baguette, des questions nouvelles émergent : partage de la valeur entre salariés et actionnaires, revenu universel, revalorisation du salaire minimum…ou comment maintenir la reprise, tout en contenant la fronde sociale que l’inflation pourrait stimuler. De l’économie à la politique, il n’y a qu’un petit pas que l’inflation aura vite fait de sauter pour mobiliser les attentions et animer les joutes !

Comme le disait Héraclite, « il faut éteindre la démesure plus encore que l’incendie »… Leçon antique certes mais dont la sagesse traverse les âges. 

Rêvons qu’elle puisse inspirer nos réflexions pour le futur !