Stupeur de ce mois de septembre, alors que nous devions nous rencontrer une semaine plus tard, j’apprends le décès brutal d’un de nos clients. Crise cardiaque à son bureau. Une petite alerte en juillet, « rien de grave avait-il dit. » puis l’enterrement en septembre.
Il avait plus de 80 ans… et disait avec beaucoup d’espièglerie que ses enfants, dont certains travaillaient dans l’entreprise familiale, prendraient leur retraite avant lui. Il voulait organiser la suite, préparer la vente, s’assurer de la pérennité de son œuvre… « nécessaire, car ils ne veulent pas reprendre après moi » disait-il un peu irrité et résigné.

Et le sort en a décidé autrement.

Céder, c’est mourir un peu

Très régulièrement, des études sont publiées dans la presse mettant en évidence le nombre très important de PME françaises créées par des Papy Boomer, en âge de céder leur entreprise. La tendance serait donc favorable à la reprise d’entreprise et à la transmission. Pourtant, tous les dirigeants en âge théorique de céder (correspondant globalement à l’âge de la retraite, soit autour de 65/70 ans ne sont pas mûrs pour le faire.

Plusieurs entrepreneurs que j’ai rencontré ayant passé le cap des 70 ans ne s’imaginent pas une seconde vendre leur entreprise. « Plutôt mourir que céder » pourraient dire certains, quelles que soient les propositions mirifiques qui leur sont adressées ! Car « céder, c’est mourir un peu »…

Des éléments très personnels, sans aucun lien avec les dimensions financières interfèrent dans la décision. La « peur du vide » citée par certains, l’absence de vraies passions en dehors de la vie professionnelle pour d’autres, le besoin de reconnaissance professionnelle pour d’autres encore, peuvent constituer de réels blocages pour passer la main.

L’attachement viscéral à l’entreprise freine la prise de décision

Pour de nombreux dirigeants, leur entreprise et leurs salariés sont une famille en soit, à laquelle ils vouent un attachement viscéral. Aller au bureau tous les matins, serrer des mains, échanger, rencontrer des clients, imaginer l’avenir est vital. Mourir en scène, de façon brutale à son bureau est une fin magnifique pour l’artiste… Pour ceux qui restent alors que rien n’a été organisé, l’étendue des problèmes à régler s’ajoute à la brutalité de la disparation.

Trouver quelqu’un pour reprendre la barre après le fondateur, rassurer les parties prenantes sous le choc, décider en famille de la suite à donner, gérer l’administratif d’une succession… Autant de tâches qui sont une montagne à gravir pour les familles.
Fort heureusement, tous les dirigeants au-delà d’un certain âge ne connaissent pas ce parcours dramatique ! Mais cet exemple met en lumière de manière crue voire cruelle la nécessité de préparer à temps la vie d’« après ».

« Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins »
Préparer l’entreprise et ses dirigeants est très important pour céder dans de bonnes conditions. C’est une clé essentielle du succès. Nous pourrions ajouter « sans trop attendre »… pour favoriser la sérénité de l’héritage.